Archives janvier 2008

Guimauve à la Rose et au Chocolat

La guimauve est l’étoffe dont sont faits les nuages, elle a la douceur mousseuse de la layette, et lorsque de jolis cubes pastel me font de l’oeil à travers les vitrines des pâtissiers, toute résistance est inutile.

Je suis rarement déçue, mais ça arrive quand même de temps en temps. Prenez par exemple cette fois où, étourdie de gourmandise, j’ai acheté un assortiment chez Pain de Sucre pour m’apercevoir, une fois rentrée chez moi, que j’avais hérité des parfums les plus perchés de la planète guimauve, du genre chicorée et whisky, angélique, ou safran et piment d’Espelette. En principe, j’ai plutôt les idées larges et les papilles aventureuses, mais là, vraiment, non. Fort heureusement, j’avais pris soin de prendre aussi quelques unes de leurs guimauves au cacao en robe de noix de coco, et j’ai ainsi pu réconforter mon palais traumatisé.

Indépendamment de cette mésaventure, j’ai toujours eu envie de faire ma propre guimauve. J’ai amassé une collection de recettes assez impressionnante au fil des années — la BNF aimerait bien mettre la main dessus, d’ailleurs — sans jamais en exécuter une seule. Pourquoi non ? Parce qu’elles font toutes appel à du sirop de glucose, cet épais sirop que les chefs pâtissiers aiment d’amour mais qui n’est pas encore tombé dans le domaine public. Je sais où ça se trouve, mais je me refuse à en acheter un jerrican juste pour faire de la guimauve.

La guimauve est l’étoffe dont sont faits les nuages, elle a la douceur mousseuse de la layette, et lorsque de jolis cubes pastel me font de l’oeil à travers les vitrines des pâtissiers, toute résistance est inutile.

Et puis un jour, Christophe Michalak est arrivé sur son fier destrier et m’a montré le chemin : à l’occasion de la sortie de son livre C’est du gâteau !, il était interviewé dans ELLE et donnait sa recette de pâte à guimauve, une recette à faire, ô miracle, avec du miel et non du sirop de glucose.

J’ai découpé sa recette et jeté toutes les autres*.

En matière de guimauve, le parfum préféré de Maxence et le mien sont respectivement la rose et le chocolat, ce qui ferait je crois un joli titre de roman. Mon ambition était donc de préparer la recette de Michalak en l’aromatisant pour moitié au sirop de rose (celui qu’utilise Pierre Hermé himself), et pour l’autre à la poudre de cacao.

Le résultat a tellement dépassé mes espérances qu’il a fallu que je me pince pour arriver à croire que j’avais réellement mis au monde ces cubes duveteux et impeccablement parfumés — on ne sait jamais, j’aurais pu dévaliser dans mon sommeil la pâtisserie la plus proche.

Si j’en crois mon agenda, la fête de l’amour se profile à l’horizon, et si vous êtes le genre de personne qui s’en émeut, quoi de plus délicieux à offrir à votre Valentin(e) ? Selon ses goûts et les vôtres, vous pouvez imaginer d’infinies variations en termes de parfum et d’enrobage : je recommande l’eau de fleur d’oranger (la saveur originale des chamallows) et les purées de fruit de toutes sortes, et si vous trempez vos guimauves dans du chocolat fondu, une étude récente montre que vous êtes quasi-sûr de faire mouche.

Ne soyez pas effrayé par la longueur de la recette, elle n’est vraiment pas difficile du tout du tout. Simplement, la version publiée dans ELLE avait été ultra résumée pour tenir dans un encadré en marge de l’interview ; je l’ai réécrite ici en ajoutant les détails qui me semblent utiles si c’est votre baptême de guimauve.

* Non, je plaisante. Jamais de la vie je ne jetterais une recette.

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Ce qu’on apprend lors d’une conférence sur la gastronomie moléculaire

Hervé This

J’ai assisté en début de semaine à une conférence de deux jours sur la gastronomie moléculaire et les relations entre la technique, la technologie et la science.

Cette session gratuite et publique, organisée par l’INRA et l’école AgroParisTech, était animée par Hervé This lui-même, co-créateur de cette discipline qui consiste à étudier les phénomènes physico-chimiques qui gouvernent la cuisine. 2008 marque d’ailleurs le 20ème anniversaire de la gastronomie moléculaire et des manifestations seront organisées à Paris aux alentours du 20 mars, m’a-t-on dit.

J’ai perdu l’habitude de rester assise pendant des heures dans un amphi et mon genou droit n’a pas manqué de me faire la remarque, mais je dois dire qu’un professeur comme Hervé This donne envie de se racheter des cahiers à carreaux séyès : sa passion, son enthousiasme, son talent de vulgarisation et son petit côté Dupontel en ravissent plus d’un.

Notez qu’Hervé This anime aussi des séminaires mensuels gratuits, ouverts au public sur inscription, lors desquels il aborde ces questions qui nous empêchent tous de dormir, telles que : si la soupe est trop salée, doit-on rajouter une pomme de terre, un bouchon de liège, ou rien du tout ? Est-il utile de battre la viande pour l’attendrir ? Existe-t-il une différence gustative perceptible entre les frites coupées au couteau et les frites coupées à la machine ? (Les comptes-rendus sont ensuite mis en ligne sur le site de la Société Française de Chimie.)

J’ai beaucoup appris pendant ces deux jours, et le contenu du cours sera bientôt publié aux éditions de l’INRA, mais en attendant, voici quelques morceaux choisis tirés de mes notes.

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Crumiri

Crumiri

[Sablés italiens à la semoule de maïs]

Nous avons tous nos ingrédients-sirènes, de ceux qui nous interpellent de leur voix de miel depuis les pages d’un livre — ou d’un blog — de cuisine et nous ensorcellent au point que, mûs par une force irrésistible, nous nous précipitons aux fourneaux pour tester la recette toutes affaires cessantes.

Allez savoir pourquoi, la semoule de maïs est l’une de mes sirènes personnelles, et elle exerce sur moi une attraction particulière lorsqu’elle se glisse dans des recettes sucrées*. En témoigne la rapidité stupéfiante avec laquelle j’ai mis à exécution cette recette de biscuits, trouvée la semaine dernière sur le blog d’une Canadienne un peu italienne, Cream Puffs in Venice.

Les crumiri, parfois orthographiés krumiri, sont des sablés originaires du Piémont. L’étymologie en est assez brumeuse : crumiro signifie briseur de grève en italien, donc je ne vois pas le rapport, et si certains expliquent que le nom vient de celui d’une liqueur tunisienne appelée krumiro ou krumiria (comme la région du Maghreb, j’imagine) que le pâtissier-inventeur sifflait avec entrain, les sources d’information se tarissent vite. Mais laissons cela.

Ces biscuits peuvent prendre des formes diverses, mais ils présentent généralement des cannelures créées par la grâce d’une poche à douille munie d’un embout en étoile. Hélas, je suis une mauvaise ouvrière avec de mauvais outils, et ma poche à douille de pochette surprise n’a pas résisté aux assauts d’une pâte aussi épaisse**. Après une lutte courte mais très énervante, j’ai dû me résigner à former des sortes de sections de boudin.

Ce léger désagrément mis à part, ces sablés sont exactement mon genre : croquants puis fondants, ils offrent aux dents du fond la résistance croustillante de la semoule de maïs, et au palais une saveur délicate et pas trop sucrée. Et puis, comme leur affinité régionale le laissait supposer, ces crumini font des étincelles auprès d’une petite boule de glace au Nutella maison***.

La recette proposée par Ivonne vient d’un livre écrit par un prêtre italien et intitulé Italian Baking Secrets ; je l’ai modifiée pour diminuer légèrement les quantités de beurre et de sucre. Si vous voulez tenter votre chance avec cette histoire de cannelure, tâchez de vous équiper d’une poche à douille de qualité professionnelle ; c’est en tout cas ce que je vais faire.

* Si vous partagez mon enthousiasme, je vous recommande vivement ma recette de shortbread, ou ces macarons maïs violette.

** Et pourtant, il est indispensable qu’elle soit épaisse, sinon les cannelures ramolissent et s’affaissent au four, et on n’a plus que ses yeux pour pleurer.

*** Oui : avant de devenir une substance de renommée internationale pleine de graisses hydrogénées, le Nutella était une spécialité piémontaise appelée pasta gianduja.

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Soupe Poireaux Pommes de Terre

Soupe Poireaux Pommes de Terre

Cela fait bien longtemps que nous n’avons pas parlé soupe par ici. Aurais-je arrêté de manger de la soupe ? C’est un peu comme me demander si j’ai arrêté de respirer ; la réponse est non.

Simplement, ces derniers temps, j’ai surtout composé des variations sur des thèmes déjà abordés sur ce blog, ou alors des assemblages ultra-élémentaires de légumes qui n’en pouvaient plus d’attendre le prince charmant au fond du réfrigérateur.

La recette d’aujourd’hui est tout aussi élémentaire, je vous l’accorde, c’est néanmoins un classique indétrônable : une soupe bon marché, satisfaisante, et particulièrement indiquée le dimanche soir quand on n’est pas dans son assiette.

J’éprouve à son endroit une tendresse particulière, en partie je crois parce que je lui associe de manière indéfectible mon père en train de chanter pour nous faire rire l’hymne officiel — mais si, voyons, ça fait : « pom-pom-pom, pom-pom-pom, poireau pomme de terre, pom-pom-pom, pom-pom-pom, pomme de terre poireau ».

D’ailleurs, cette soupe est la toute première à laquelle je me suis attaquée, il y a de cela des années, dans ma cuisine en Californie. Ce fut un échec retentissant : j’avais mis beaucoup trop de pommes de terre, je m’étais brûlé la main, et j’étais naïvement partie du principe que mon mixeur était étanche, ce qui avait eu pour effet de repeindre les placards de la cuisine en vert clair. Il m’a fallu pour me remettre de cet épisode de nombreuses séances de thérapie, mais une seule recette.

Ladite recette vient de La Table végétale, un livre écrit par mon amie Sophie. Il contient une centaine de recettes qui font la part belle au règne végétal, et ces recettes sont organisées de la façon la plus ingénieuse et la plus poétique qui soit : en suivant le cycle de vie des plantes.

La Table végétaleOn progresse ainsi de ce qui s’épanouit sous terre (betterave, carotte, ail) à ce qui pointe son nez à la surface (asperge, poireau, champignon), pour ensuite gagner les feuilles (ortie, laitue, feuille de vigne), les fleurs (artichaut, bourrache, fleur de courgette), les fruits (potimarron, poivron, concombre), et enfin les graines (haricot rose, maïs, châtaigne), qui pour finir retourneront à la terre et boucleront la boucle.

C’est un livre enthousiasmant, dans lequel Sophie distille sa connaissance (encyclopédique, je peux en témoigner) des cuisines et des ingrédients du monde. Au fil des pages, le lecteur voit son horizon s’élargir, il découvre, s’émerveille et apprend un tas de choses, sans se retourner une seule fois pour regarder l’horloge sur le mur du fond.

Au beau milieu de ces recettes voyageuses qui vous emmènent faire un tour du côté de Budapest, Athènes, Singapour, Colombo, Lagos, Casablanca, Bogota, ou Shanghai, c’est celle-ci qui m’a fait de l’oeil : une soupe poireaux pommes de terre dans son plus simple appareil, que Sophie tient de sa famille Haute-Normande.

L’originalité de la recette tient dans l’usage qui y est fait de la partie la plus tendre des verts de poireaux : hachés en fines lanières et attendris dans la soupe bien chaude, ils viennent en agrémenter la texture. (Et si vous avez sous la main une mini-friteuse — Maxence fait du lobbying pour que nous nous en équipions, donc je m’y vois déjà — j’imagine que vous pourriez frire les lanières et orner les bols de ces délicates tempuras de poireau.)

Comme c’est une recette qui ne se cache derrière aucun artifice — des poireaux, des pommes de terre, de l’eau — on gagne évidemment à utiliser les meilleurs légumes possibles, cultivés avec soin et amour en leur jouant du banjo. J’ai ainsi obtenu d’excellents résultats avec les tout jeunes poireaux et les Monalisa bien fermes récoltés au marché bio des Batignolles.

Post-scriptum (j’y ai droit, vu qu’il n’y a pas une seule astérisque dans ce billet). Je viens d’apprendre que les Nations-Unies ont fait de 2008 l’année internationale de la pomme de terre, pour promouvoir ce tubercule miraculeux dans les pays où sévit la famine.

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