Cobbler abricot et myrtille Recette

Cobbler abricot et myrtille

Je vivais en Californie depuis quelques mois et je savourais la dotcomitude de mon environnement de travail lorsqu’on nous a annoncé la grande nouvelle : on allait faire un barbecue au bureau.

Pour moi, travailler dans la Silicon Valley au tournant du millénaire, c’était exactement ça : une foison de bonnes idées pour que les employés soient heureux (des pistolets à eau ! un babyfoot ! des pizzas aux frais de la princesse le vendredi !) et donc plus enclins à investir leur temps et mobiliser leurs neurones pour faire avancer l’entreprise.

Le jour du barbecue, tout le monde était sur le pont, à mettre en place les ingrédients pour les hamburgers, surveiller la cuisson de la viande (ou des steaks de soja — on était, je le rappelle, en Californie), faire le service des salades (de pâtes ou de pommes de terre), ou aller chercher les derniers retardataires qui se cachaient encore dans leur cubicle, avant de s’installer pour manger sur la terrasse ensoleillée à l’arrière de nos bureaux.

Plusieurs personnes s’étaient proposées pour apporter des desserts, dont un peach cobbler préparé, si mes souvenirs sont bons, par Barbara du service opérations.

Tandis que chacun s’extasiait, j’ai posé la question : c’est quoi un cobbler* ? Ce à quoi on m’a répondu : c’est quelqu’un qui répare les chaussures. (Un cordonnier, donc.) Ça n’éclairait pas tellement ma lanterne, alors j’ai insisté : oui, d’accord, mais, euh, pourquoi ? Mes collègues américains de naissance ou d’adoption se sont alors concertés avec sérieux, la cuiller hésitante et le sourcil froncé, pour finalement reconnaître qu’eh bien, en fait, on ne savait pas trop.

Peu importait : the proof of the pudding is in the eating, comme on sait**, et celui-ci était fort bon.

Le cobbler est l’un de ces desserts très américains qui portent des noms folkloriques — comme le brown betty, le buckle, le grunt, le slump ou le pandowdy — et qui consistent à faire cuire des fruits de saison sous une sorte de pâte. L’inverse de la tarte et la moitié supérieure d’une tourte, en somme, mais en plus facile puisque la pâte en question n’est pas étalée. Le crumble est un exemple du genre, mais il est loin d’être le seul.

Dans le cas du cobbler, on coiffe les fruits d’une pâte qui ressemble à une pâte à scone, dont on dépose des morceaux au petit bonheur la chance, comme sur la photo ci-dessus, ou en disques bien nets, si on préfère (mais je soupçonne que ça ne ressemble à ça que si on utilise de la biscuit dough toute faite vendue en tubes au rayon frais des supermarchés américains).

Le cobbler, ça change du crumble. C’est tout aussi rapide à faire, mais ça offre une plus large palette de textures : la pâte est croustillante à la surface mais reste moelleuse à l’intérieur, et devient fondante là où elle se mêle au jus des fruits.

Comme mon tout premier cobbler était aux pêches, c’est à ce fruit que je l’associe principalement, mais en réalité on peut le décliner avec ce qu’on veut, et j’aime particulièrement la version abricot et myrtille que j’ai servie à des amis venus dîner la semaine dernière.

Je mets de la poudre d’amande dans ma pâte à cobbler pour en accentuer le fondant, et pour aller avec des fruits à noyaux, je la parfume (discrètement) à l’eau de fleur d’oranger. On recommande généralement de servir le cobbler avec une boule de glace à la vanille, mais je suis française et je préfère largement un peu de crème fraîche. Je trouve que ça souligne mieux le sucre naturel des fruits.

Quant au nom, si vous êtes toujours perplexe, sachez qu’il est possible que ça vienne plutôt d’une analogie entre la forme des morceaux de pâte et celle des cobblestones (pavés) ou des cobbles (soit des collines arrondies, soit des morceaux de charbon), mais en fait personne ne sait vraiment — pas même Lynne Olver, une bibliothécaire qui tient un site formidable sur l’histoire des aliments, et qui propose tout de même quelques citations et références permettant de revenir aux origines de ce dessert.

* On prononce simplement « cobleur ».

** Cela se traduit plus ou moins littéralement par « la preuve du dessert est dans l’action de le manger, » ce qui signifie qu’on ne saura si le dessert est bon que quand on l’aura goûté. Plus généralement, c’est un aphorisme qui est utilisé pour mettre fin aux tergiversations, en indiquant qu’on n’aura le fin mot de l’histoire que quand on se sera un peu mouillé. L’expression apparaît aussi sous la forme (erronée, mais néanmoins répandue) « the proof is in the pudding ».

Cobbler abricot et myrtille

Cobbler abricot et myrtille

Pour les fruits :
- 1 kg d’abricots mûrs
- 4 c.c. de sucre (j’utilise un sucre brut de canne blond)
- 2 c.c. de perles de tapioca (parfois vendues sous le nom de perles du Japon)
- 200 g de myrtilles (fraîches ou surgelées ; il est inutile de les décongeler)

Pour la pâte :
- 150 g de farine (j’utilise de la T65)
- 50 g de poudre d’amande
- 2 c.s. de sucre, et un peu plus pour saupoudrer
- 1 c.c. de levure chimique
- 1 c.c. de bicarbonate de sodium
- 1/4 c.c. de sel
- 1 c.s. d’eau de fleur d’oranger
- 125 g de yaourt nature
- 70 g de beurre doux froid, coupé en petits morceaux

Dénoyautez les abricots et coupez-les en quartiers. Mettez-les dans un plat à four (en verre ou en céramique) et ajoutez le sucre et le tapioca en saupoudrant. Mélangez délicatement pour ne pas malmener les fruits, étalez en une seule couche, couvrez, et laissez reposer 1h.

Préchauffez le four à 180°C.

Préparez la pâte. Dans un saladier, mélangez la farine, la poudre d’amande, le sucre, la levure, le bicarbonate de sodium et le sel. Ajoutez l’eau de fleur d’oranger, le yaourt et le beurre. Mélangez grossièrement à la fourchette, puis, à l’aide d’un coupe-pâte ou du bout des doigts, incorporez le beurre dans les ingrédients secs jusqu’à ce que le mélange soit à peu près homogène. Vous obtiendrez une pâte assez molle ; ne la travaillez pas trop. (On peut faire ça au mixeur, mais je trouve que ça va plus vite à la main.)

Etalez les myrtilles sur les abricots. Prélevez des cuillerées de pâte et déposez-les sur les fruits en recouvrant la surface de façon uniforme, mais en laissant des trous pour que les fruits puissent voir le ciel. Saupoudrez de sucre.

Enfournez et laissez cuire 25 à 30 minutes, jusqu’à ce que le dessus soit brun-doré et que le jus des fruits fasse des bulles.

Servez tiède, avec de la crème fraîche. On peut cuire le cobbler quelques heures à l’avance, et le réchauffer doucement au four avant de servir.

  • http://www.makanaibio.com Flo Makanai

    J’adore cette façon bien à toi de dessiner tout un contexte vivant, chaleureux, autour de ta recette, et de nous en apprendre plein sur ses origines, son appellation etc. On se régale rien qu’en te lisant. Merci :-)

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Merci Flo, ça me touche beaucoup ! ^_^

  • http://christelleisflabbergasting.com christelle is flabbergasting

    Je suis entièrement d’accord avec Flo !

    C’est tellement agréable de te lire et d’apprendre : j’aurais continué à appeler le cobbler d’un nom comme « genre-de-crumble-tu-vois » sinon !

    Plus génaralement, Chocolate & Zucchini est de ces blogs dont je prends le temps de lire tous les textes, alors que c’est facile de zapper d’un blog à l’autre avec tous les blogs qu’il y a… et c’est tellement ce que la majorité font ! (lire 3 lignes et hop !)
    Alors, merci pour tous ces billets détaillés, moi, j’adore !

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Pfiou, bah dis-donc, j’ai bien fait de me lever ce matin. :) Merci beaucoup, vraiment, tout ça me va droit au coeur !

      Et c’est vrai que c’est parfois difficile sur un écran de vraiment lire — c’est-à-dire sans picorer, sans partir en diagonale, et sans se contenter de regarder les images — alors ça me fait vraiment plaisir quand on prend le temps de me lire.

  • http://lebleuducitron.canalblog.com Le citron

    Merci pour ce billet détaillé et cette belle recette !

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Tout le plaisir est pour moi. :)

  • Anne-Cécile

    En fait le piège avec « Chocolate & zucchini », c’est qu’on n’a pas le temps de se demander si on va lire le texte en entier ou pas, qu’on l’a déjà terminé : on le dévore!!!! C’est magique…

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      C’est si joliment dit — merci !

  • http://blogacroquer.over-blog.com Christel

    Et voilà comment partir à la découverte de modes de vie différents du nôtre, sans quitter le siège devant son ordinateur. Avec, de plus, une recette à tester en urgence! J’ai découvert plein de choses aujourd’hui…merci!

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Si vous testez, il faudra m’en donner des nouvelles !

  • http://helene-denis.blogspot.com Hélène

    IL FAUT QUE J’ARRÊTE DE VENIR SUR TON BLOG, TES RECETTES ME FONT BEAUCOUP TROP BAVER :)

  • http://www.surfprevention.com lily

    Clotilde, j’ignore ce que signifie « dotcomitude ». Pas trouvé dans le dico. Bref, j’aimerais une mise au point lexicale. Sinon, c’est vrai que les noms des pâtisseries sont une source de curiosité perpétuelle : les Américains ont leur cordonnier, nous, on a notre religieuse, notre colonel, notre confiture de vieux garçon… Ils ont leurs cookies coulée de boue (« mudslide cookies » de ton blog, délice testé et approuvé), nous, on a nos éclairs… Bref, ça donne envie de se mettre aux founeaux tout ça…

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Effectivement, ce n’est pas un terme qui existe réellement ! Ça fait référence aux « dotcom », les startup de l’époque de la bulle internet qui entretenaient un esprit d’entreprise jeune et « fun ».

  • Stephanie

    Je viens juste de trouver votre blog, et j’en suis ravie. En tant que prof (américaine) de français aux USA, c’est génial de trouver une source de recettes et en grammes, et en tasses et « tablespoons »; cela va beaucoup faciliter mes projets de cuisine à l’école et chez moi. En plus, votre choix de recettes et votre façon d’écrire soulagent un peu la nostalgie pour la France que je souffre depuis les deux semaines que je suis rentrée, et j’apprends même des choses sur ma propre langue. Mais vous me compliquez la vie un peu: j’étais censée d’emmener un légume au barbeque de ce soir, et maintenant j’ai tellement envie de faire un cobbler…

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Je suis ravie que vous vous plaisiez ici !

  • http://unflodebonneschoses.blogspot.com/ Flo

    Bonjour Clothilde,

    Essayé le week-end dernier, on a adoré !

    Par contre mélanger le beurre après avoir mis la fleur d’oranger et le yaourt n’est pas vraiment facile. Pourrais je émiétter d’abord avec le beurre puis après amalgame de ce dernier ajouter le yaourt et la fleur d’oranger ?
    Autre question : est il possible de remplacer le bicarbonate de soude par un peu plus de levure chimique? Le goût m’a dérangée.

    enfin dernière souci : le milieu du cobbler n’était pas cuit, la pâte était encore bien liquide. Or je l’ai laissé comme indiqué, 30mn à 180°C …

    Merci pour tes réponses :D En tout cas la recette est adoptée !

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Merci, Flo, je suis ravie que le cobbler t’ait plu !

      Pour répondre à tes questions :
      - Tu peux tout à fait mélanger les ingrédients du topping dans l’ordre que tu préfères.
      - Pour le bicarbonate de soude, tu peux le remplacer par la même quantité de levure chimique, mais si le goût t’a dérangée, c’est peut-être aussi que ta cuillerée à café est un peu trop généreuse. Le standard sur lequel je m’appuie, c’est 1 c.c. = 5 ml.
      - Enfin, pour le temps de cuisson, les fours sont tous différents donc il faut ajuster en fonction, et il est effectivement possible qu’il faille cuire le cobbler un peu plus longtemps dans le tien.

  • http://sagweste.over-blog.com sagweste

    kikoo

    Je decouvre ton blog après avoir dévoré ton livre ‘chocolat & zucchini’ que m’a acheté ma maman samedi à Laval (france). J’ai adoré ta façon de présenter les thèmes et surtout chaque recette. pourquoi cela donne envie de tester tes recettes: parce que tu y mets une histoire, du coeur et du coup la recette prend vie en regardant les ingrédients.
    Je vois que ton blog suit cette même ligne de conduite, du coup je m’abonne, je ne veux pas râter les publications ;o)
    Bisous et je pense bien tester ce cobbler bientôt ;)
    Sag

    • http://chocolateandzucchini.com clotilde

      Ca me fait bien plaisir, merci ! ^_^

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